L’orifice externe. (Histoire vraie)

C'était vers la mi-décembre. Une conférence d'information réunissait dans une salle du Collège Moderne de Jeunes Filles de X... les professeurs de 6ème Nouvelle et les parents des élèves.

Dire que tout le monde était là serait exagéré. Nul n'ignore que bien des familles envoient leurs enfants au Collège sans trop savoir pourquoi et se soucient peu de leurs études. La mère est allée « en pension.», parfois le père, et aussi la fille du cousin Charles, sans compter celle de l'épicier.

Et puis... on a de quoi payer. Raison majeure.

Les enfants font ce qu'ils peuvent, c'est-à-dire, trop souvent, pas grand-chose.

Et la rumeur publique dit au village (je l'apprends à ceux qui l'ignorent) qu'on peuple les classes nouvelles avec les élèves qui n'ont aucune chance de briller ailleurs. Bref, bien que la classe comptât 24 unités, 9 familles seulement étaient représentées. Honnête proportion que n'atteignent jamais les Assemblées générales, celles de la section et les autres.

C'étaient pour la quasi totalité de braves gens de la campagne, tout étonnés d'être là et fort empruntés devant les professeurs. Ils avaient fait le déplacement à tout hasard, très désireux de s'entendre dire ce qu'ils savaient déjà : à savoir que leurs enfants sont des phénix.

Dame ! 'N'ont-ils point été reçus à l'examen d'entrée en sixième ?

Hélas ! Il fallut bientôt déchanter. Et, à mesure que les maîtresses parlaient, les mines réjouies des mères devenaient plus sérieuses.

« ... A dire vrai, les résultats du trimestre sont bien maigres. Ces fillettes n'ont pas l'air de comprendre ce que nous attendons d'elles. Ce qu'elles voient surtout dans l'Ecole Nouvelle, c'est qu'elles n'ont que peu de leçons, pas beaucoup de devoirs et qu'on est souvent de sortie. On croit aller en promenade alors qu'on va travailler. Le résultat du travail d'équipes est des plus médiocres. Un trio qui est allé à l'Hôtel de Ville pour enquêter sur l'organisation d’une mairie de grande cité n'a réussi qu'à interviewer une femme de service... pour apprendre qu'elle ne gagne pas assez et qu'elle va bientôt faire grève. Le reste à l'avenant.

Et puis, ces enfants ne semblent guère avoir profité de leur scolarité primaire. Elles ignorent les choses les plus élémentaires et ont des lacunes incroyables... »

Le professeur de sciences prit alors la parole :

« Tenez, dit-elle. Je leur ai fait dessiner hier l'intestin humain, ce qui est à la portée de n'importe quel élève de n'importe quel cours moyen de la plus petite école mixte à classe unique. Eh bien ! Elles m'ont toutes dessiné une sorte de tuyau plus ou moins effilé et plus ou moins entortillé. Mais aucune - vous entendez bien - aucune n'a indiqué l'orifice externe. »

Les parents, ayant vaguement conscience de l'énormité de l'oubli et de l'indignité de leur progéniture, s'interrogeaient du regard.

Et c'est sur cette parole mémorable qu'on se sépara l'instant d'après.

« Pardon, Madame, dit alors une bonne grosse mère à une autre plus jeune qui lui parut sans doute apte à la renseigner, qu'est-ce donc qu'elles ont oublié, les enfants ?

- L'orifice externe de l'intestin, Madame.

- Excusez-moi... mais, qu'est-ce que c'est que cela ?

- Eh ! Mais, c'est l'anus.

- La... quoi ?

- L'anus. Autrement dit (et elle se pencha pudiquement vers l'oreille de son interlocutrice) le trou de... balle.

- Ah ! M...ince alors, s'exclama l'autre. En voilà du propre. Mon Dieu, où allons-nous ! On aura tout vu !

Alors, c'est cela qu'on apprend à l'Ecole Nouvelle ? Jamais mon mari ne voudra croire que, pour être cataloguée bonne élève en 1949, une gamine de douze ans doit savoir dessiner l'o... ou, enfin... comment dites vous ?

- L'orifice externe, Madame.

Ech marister ed Rustoville.