Le Moniteur.

Le Cours Préparatoire fait face au tableau de lecture. Et six petites cervelles s'essaient à pénétrer le mystère des lettres rouges et des lettres noires, déjà connues, mais dont les multiples assemblages déroutent.

Le Moniteur est là, baguette en main. C'est un grand, un gars à la page, sympathique aux petits, et qui a ma confiance.

Ce jour-là, on étudie le son : Ch.

La gravure représente une vache. Tout le monde connaît ce bovin pacifique. Je l'ai d'ailleurs présenté le matin même. On a parlé de la vache. On a décomposé le mot : va – che. On a assimilé va, depuis l'étude déjà lointaine de la cu - ve. On n'ignore pas vo. Chacun a lu : le vo de la va - che. On fait : ch... ch... ch..., comme la chouette, en polissonnant un peu. Oh ! Très peu ! Juste ce qui est permis à un Cours Préparatoire par un maître qui comprend les choses, quand Monsieur l'Inspecteur (peut-être moins compréhensif) n'est pas là.

C'est au Moniteur qu'il appartient maintenant de justifier la confiance dont il jouit, et qui fait parfois des envieux.

A côté de l'image, en grosses lettres, on lit : cha, cho, chan, chou, chi, chon, chai, cheu. Et le Moniteur explique :

« Cha, Vous savez ce que c'est qu'un chat. Michel en a un. On l'appelle Mickey. Dites : cha, cha, cha. »

Et tout le monde dit : cha, cha, cha...

« Cho, reprend le sous-maître. En été, on a chaud. A l'école, il fait chaud en hiver. Dites : cho, cho, cho. »

Dociles, les six marmots piaillent : cho, cho, cho...

« Chan, dit alors le géant du cours moyen. Vous savez bien ce que c'est qu'un champ. On y sème du blé, des betteraves. L'été, vous irez vous promener aux champs avec Monsieur, pour ramasser des doryphores. Dites : chan, chan, chan. »

Six voix criardes clament : chan, chan, chan...

« Chou, annonce le Moniteur. Un chou. Il y en a dans le jardin. La mère met un chou dans la soupe. Dites : chou, chou, chou. »

Chou, chou, chou..., hurlent les gamins.

« Chi, dit l'imprudent. Et il s'arrête, interdit...

L'explication ? Certes, il la connaît parfaitement. Mais il n'ose pas la donner. Si seulement je n'étais pas là !

Or, je suis là. Et, tout en expliquant au cours élémentaire (qui s'en moque éperdument) le pourquoi de la défaite de Crécy, tout en ayant l'oeil sur le cours moyen qui feint d'analyser, tout en surveillant mon fin d'études qui semble s'affairer autour d'un croquis, j'ai l'oreille tendue vers le cours préparatoire. C'est là qu'est l'Art...

Je n'hésite pas une seconde. Il me faut voler au secours de ce malheureux, dont la Pédagogie est à bout...

« Allez vous asseoir, dis-je, sans rire. Prenez votre chi - ffon, nettoyez votre ardoise, et dessinez-moi un chi - en ».

Ech marister ed Rustoville.