Monographie de Méricourt-sur-Somme

Accueil | Sommaire | Le blason | Géographie physique | Géographie humaine | Vie collective
Vie économique | Faits et évènements | Personnages | Liens | Contacts

 

La bataille des marais.

Il existait autrefois des rivalités entre les habitants d'Etinehem et ceux de Méricourt. Les marais en furent une source. Dénonciations, coups, blessures étaient monnaie courante. Beaucoup de procès furent intentés.

Le 16 septembre 1478 le prévôt de Fouilloy rendit une sentence contre Jacques Robaille, de Méricourt, le condamnant à 60 livres parisis d'amende pour avoir fauché le marais sis entre la chaussée de Mons-à-Moulin et Etinehem, appartenant aux religieux de l'abbaye Saint-Pierre de Corbie. Il devra rendre le foin.

Le 21 juin 1537, jugement rendu par Foursy Morel, licencié es lois et es décrets, lieutenant à Péronne de Monseigneur le gouverneur et bailli des villes, prévôtés et chastellenies dudit Péronne, Montdidier et Roye.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

EXTRAIT DU REGISTRE DE L’OFFICE CLAUSTRAL DE LA CELLERIE DES EAUX
DE L’ABBAYE SAINT-PIERRE DE CORBIE


-1537- Environ le my may nombre des habitans à ETINEHEM s'étaient transportés es marais d’entre ETINEHEM et MERICOURT appartenant aux Seigneurs de CORBIE où ils ont justice haute moïenne et basse à tout le moins par la permission et congés des dits religieux, à l'intention de coupper et faucher de l'herbe pour leurs bestiaux ainsi qu'ils avaient accoutumés faire chacun an au veu et sue de tous les habitans du dit MERICOURT qui jamais ne leur donnèrent contredits ni empêchements.

Néanmoins les dits défendeurs et autres habitans de MERICOURT de ce advertis conclurent concordamment que le lendemain matin ils feraient sonner la cloche, auquel son chacun se devrait trouver armé, équipé et embastonné, pour repulser et rechasser les dits d'ETlNEHEN hors des dits marest de forche, et les empêcher de faucher, même les batre, outrager et tuer si possible, et s'il survenait quelque mort ou homicide ils devraient contribuer aux frais de rémission ou pardon qu'il conviendrait pour ce obtenir, le fort portant le faible. En suivant la dite délibération et conclusion ils feraint dès le lendemain sonner la dite cloche, par quoy ils s'assembleront et trouveront les dits de MERICOURT, la plus grande partie, en nombre de 80 ou 100 personnes, notamment les défendeurs armés et embastonnés avec arbalestres, bandées avec flèches, a ce servans de hallebardes, javelines, harquebuses.

Incontinent qu'ils furent tous assemblés, armés et embastonnés, se mirent à chemin pour aller derrière les dits marestz, en quoi faisant ils marchaient tous en ordre et en bande, de façon et manière de gens de guerre, et sonnèrent toujours la dite cloche comme il eut été pleine guerre et comme sy ce eut été une vraie alarme, contrefaisans les aveinturiers et gens de guerre, et soudain qu'ils furent es dits maretz trouvèrent aucuns habitans du dit ETINEHEM mesme, les dits occupés couppans de l'herbe pour leurs bestiaux ainsy qu'ils avaient accoutumés, auxquels, de prime face sans autres choses dire commencer à crier à haute voix : tuez, tuez ; quoy oyant les habitans, pour éviter le danger de leurs personnes, prinrent la fuite ; néantmoins ne seurent tous faire, spécialement les dits intéressés qu'ils ne furent rateints, batus et mutilés, et deschargèrent les dits de MERICOURT leurs arbalestres et harquebuses sur eux en visans nous tuons les traites, jurant la vertu sang et mort Dieu plusieurs fois qu'ils avaient la vie de leurs corps.

Et voyant que les avenus s'étaient sauvés es leurs bateaux commencèrent à frapper sur les dits Sagnier et Marlois qui furent fort batus et navrés à plaies ouvertes à sang courant à grande effusion de sang en danger de leurs personnes, à savoir le dit Sagnier à la teste et le dit Marlois au bras senestre ; la tête duquel Sagnier il aurait convenu pendre et inciser là ou il aurait souffert grosse peine et douleur tellement qu'ils ont été plus de six semaines sans savoir rien faire ne gagner leur vie.

-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-

Habitans de MERICOURT (entre autres non cités) qui prirent part à cette expédition et furent poursuivis en justice :

Louis Ferné, lieutenant de Méricourt,
Jean Hansart, archer des Ordonnances du ROY,
Pierre Herly, Mathieu Desprez dit Henry, Colart Desprez,
Balthazard Desprez, Jacques Becquet, Jean Desprez dit Henry,
Guyot Robaille, Jacques Denis, Antoine Cahot, Jean Bardoue,
Jean Desprez dit de Flandre, Florent Colet dit Tonnelier,
Colin Faverel dit Ly, Jean Picard couturier, Antoine Bléry
Guyot Herlaut, Antoine Cuignet, Mathieu Cuignet dit Baudroy
Simon Becquet, Jean Merly, Louis Witasse dit Frérot,
Servais Faverel, Romain Witasse dit Frérot, Abraham Lepreux,
Jean Lepreux dit Gadifer, Colin Herbaut, Jean Devillers,
Colin Levien, Jacques Maupetit, Antoine Bardoul, Martin Desprez,
Pierre Desprez, Jean Desprez, Bastien Witasse dit Boquillon,
Jean Devillers le jeune, Antoine Ferné, Robert Candavoine.


Explications :
Au veu et sue : au vu et au su (la chose étant connue)
de forche : de force
quoy oyant : ce qu'entendant


Argumentation de Méricourt :

Les dits Sagnier et Marlois étant gens noiseux, se sont suggérés avec leurs allies dudit Etinehem de vouloir ersaquer les droits de la commune de Méricourt, lequel droit est tel que de faucher et prendre à leur seul et singulier profit chaque an les foins et herbages des près et marais situés dessus la chaussée de Mons-à Moulin, lesquelles prairies sont tenues et les tiennent desdits religieux abbé et couvent de Corbie à la charge de certains droits qu'ils leur payent et rendent chaque an, duquel droit ils ont jouy à juste titre par l'espace de six vingt ans et plus, espace tel et si longtemps qu'il n'est mémoire du contraire ... Le jour que lesdits d'Etinehem fauchaient était le jour prin par lesdits de Méricourt por faucher ensemble lesdits prés ... Lesdits Sagnier et Marlois et autre habitants d'Etinehem étant sur ladite prairie s'épautèrent comme gens qui sont trouvés en meffai, en courant il s'étaient bleschés ... Et étoit le son de la cloche bien convenable et fait de bonne foi afin que chacun des habitants de Méricourt ne prétende de cause d'ignorance ... et n'avaient autres bastons que faux et fauchilles ou autres semblables instuments à faucher herbes et foins.


Explications :
noiseux : qui cherche noise, querelle
ersaquer : contester, refuser de reconnaître un droit
s'épautèrent : se dispersèrent, s'enfuirent
en meffai : en faute, en délit.

 


Accueil | Sommaire | Le blason | Géographie physique | Géographie humaine | Vie collective
Vie économique | Faits et évènements | Personnages | Liens | Contacts